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Situé sur le domaine du château de la Bourbansais en Bretagne, où je vous avais présenté le tigre et le lion, voici aujourd'hui... Le loup...

Le loup est le plus important des prédateurs européens. Il a toujours occupé une place particulière dans la relation entre les humains et leur environnement naturel. Une similitude dans les systèmes sociaux, les besoins alimentaires et les techniques de chasse associées, la territorialité et une grande flexibilité comportementale et écologique a fait du loup un compagnon et un concurrent de l’homme depuis les débuts de l’Histoire. L’attitude de l’homme envers le loup a varié, passant de la concurrence et de l’extermination féroces à l’admiration, et laissant peu de place à l’indifférence.

Les loups ont été exterminés dans la plus grande partie de l’Europe au cours des deux derniers siècles ; ils ont probablement atteint leur effectif minimal vers le milieu du XXe siècle. Toutes les populations de loups européennes n’ont pas été chassées jusqu’à l’extermination totale, et des populations réduites mais saines ont survécu dans les trois péninsules méditerranéennes. Des populations plus nombreuses ont survécu dans de nombreux pays d’Europe orientale et des Balkans. Les effectifs actuels des populations de loups présentent des variations considérables d’un pays européen à l’autre, mais ces populations, souvent isolées, manifestent encore des tendances numériques négatives. Les loups ont besoin de vastes surfaces pour vagabonder et se dispersent sur de grandes distances : ces deux traits exigent une stratégie de la conservation à grande échelle qui embrasserait des régions entières de l’Europe, par-dessus et au-delà des frontières nationales.

Depuis une vingtaine d’années, les loups réintègrent quelques-unes des régions où ils avaient été exterminés bien des décennies auparavant : certaines de ces régions, telles que les Alpes ou la péninsule scandinave, exigent une coopération internationale qui ne peut se réaliser pleinement qu’au niveau européen. Cette évidence, ajoutée à la nécessité d’une stratégie de conservation intégrée qui prenne en considération la Politique agricole commune, est la principale justification de l’approche paneuropéenne de la conservation du loup qui est proposée ici.

Les loups peuvent survivre partout où il y a quelque chose à manger, que ce soit des proies de grande taille ou le contenu des poubelles, et où ils ne sont pas tués par les humains. Ils peuvent s’adapter pour vivre au contact des activités humaines tant qu’ils ne sont pas dérangés. Dans leur recherche de la nourriture, ils peuvent attaquer le bétail et occasionner des déprédations sérieuses (mais aucun cas documenté d’une attaque de l’homme n’a jamais été signalé en Europe au siècle dernier). Le conflit avec les économies humaines, principale raison de la régulation du loup, est encore aujourd’hui la principale cause de mortalité chez ce prédateur. Le loup est protégé dans la plupart des pays européens (Convention de Berne et Directive 92/43/CEE concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages), mais il y a des exceptions importantes en Espagne, en Grèce et en Finlande, et également dans certains pays d’Europe orientale où il est encore géré comme gibier.

La gestion et la conservation du loup ne sont pas des tâches faciles, vu la coexistence complexe de faits avérés, tels que la prédation pratiquée sur les animaux de rente et les proies sauvages, et d’éléments irrationnels tels que des préjugés, des légendes, et des interprétations erronées de la biologie de l’espèce. Si le loup a été abondamment étudié en Amérique du Nord, peu de données scientifiques sont disponibles pour l’Europe, et la grande flexibilité de l’espèce exige que des programmes de recherche spécifiques soient menés sur les populations européennes les plus représentatives. Il est d’une extrême importance de mettre en place un programme de suivi efficace dans toute l’Europe, afin de collecter en permanence des informations fiables sur l’effectif des populations de loups, leurs activités et leur impact économique sur les animaux de rente. La coopération transfrontalière sera essentielle pour assurer une conservation correcte du loup et gérer le retour prévisible de l’espèce dans la majeure partie de l’Europe centrale et occidentale. Il conviendra de gérer l’opinion publique sur la base d’un traitement honnête, rationnel et équitable de tous les aspects des conflits qu’implique la conservation du loup.


Note écrite par Luigi Boitani, professeur en biologie à l'Université de Rome.

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Un très bon dimanche à tous.

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