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Photographer’s Note

(lire en premier la version anglaise)

Je n’avais nul besoin de radio pour comprendre la situation. Les poumons des indiens étaient rongés
par les inhalations de fumées et par le froid humide des nuits tropicales. La tuberculose trouvait un
terrain propice pour se multiplier. Sans les moyens nécessaires, je devais convaincre le vieux de
rejoindre l’hôpital de Cayenne où il pourrait peut être être soigné.
A mon grand étonnement, il ne dit rien. Puisqu’il n’était pas contre, je décidais qu’il était pour.

Il y avait une foule attentive, bruyante et malicieuse autour de nous. Les indiens sont ainsi. Ils ont la
dérision en signe de gravité. La maladie du vieux chaman attirait la crainte et la curiosité.
Le vieux ne devait pas renoncer, il partait certes, mais en vainqueur, en chasseur, en conquérant. Son
départ ne serait pas une fuite, mais un nouveau combat. Contre le mal qui le rongeait, le sang qui lui
coulait, il allait se battre avec fierté. Il regarda sa perfusion qu’il arborait comme un totem, et déclara
qu’il partirait dans un oiseau de fer, comme un grand chef.

Dès que la décision fût prise, les femmes entrèrent. On nettoya le vieux chaman et on changea son
kalimbé rouge. Il voulu manger une banane et du couac qu’il avala tout sec. Sec comme la précision
de ses gestes, sec comme sa peau de vieil indien déshydraté. Pendant que les femmes s’affairaient, le
vieux lançait son regard vif à l’assistance. Lui, le vieux retiré des affaires, lui qui avait inspiré le
respect et la crainte, lui qui avait conseillé et soigné, allait quitter le village dans un oiseau de fer. Son
départ serait peut être sans retour, mais il marquerait les mémoires.


Il faisait beau ce matin là sur le village de 3 sauts. Les brumes du matin s’étaient évaporées. On sentait la chaleur se faire plus insistante. Le fleuve si sombre aux premières heures de la journée, avait déjà changé de teinte. Les pirogues reprenaient leur vacarme comme si de rien était.
Je vis qu’il n’y aurait pas d’obstacle à l’arrivée de l’hélicoptère. Le vieux pourrait partir vers Cayenne. Il allait s’élever dans les airs sans rien dire. Sans rien laisser paraître. Le vieux chaman quittait la forêt pour l’inconnu et le ciel.

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Additional Photos by Bertrand DEVIMEUX (devimeuxbe) Gold Star Critiquer/Gold Star Workshop Editor/Gold Note Writer [C: 5286 W: 226 N: 11146] (56266)
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